Deux fois par jour, la mer monte, puis redescend, découvrant parfois des centaines de mètres d'estran. Sur un spot de surf, de kitesurf ou de paddle, ce mouvement change tout : la profondeur d'eau, la puissance des courants, l'exposition des bancs de sable. Mais qu'est-ce qui fait vraiment bouger toute cette eau ? La réponse ne se trouve pas dans l'océan, mais dans le ciel — et concerne surtout la Lune, pas le vent.

La Lune, moteur principal des marées

Les marées sont provoquées par la gravité. Tout objet massif attire les autres objets, y compris l'eau des océans, et la Lune, bien que petite, est suffisamment proche de la Terre pour que son attraction se fasse sentir sur les masses d'eau. Là où l'eau fait face à la Lune, elle est légèrement « tirée » vers elle, ce qui forme un bourrelet — une élévation du niveau de la mer de quelques dizaines de centimètres à plusieurs mètres selon les côtes.

Ce qui est moins intuitif, c'est qu'un second bourrelet se forme exactement à l'opposé, du côté de la Terre tourné à l'écart de la Lune. Il résulte du fait que la Lune attire aussi la Terre solide elle-même, un peu plus fort que l'eau la plus éloignée : cet écart « laisse en arrière » cette eau, qui forme un second renflement. Résultat : à un instant donné, il existe deux bourrelets d'eau sur Terre, l'un face à la Lune, l'autre à l'opposé.

La Terre tournant sur elle-même en environ 24 heures et 50 minutes (un peu plus qu'un jour solaire, car la Lune se déplace elle aussi sur son orbite), chaque point du littoral traverse ces deux bourrelets une fois par rotation. C'est ce qui explique que la plupart des côtes connaissent deux marées hautes et deux marées basses par jour.

Le Soleil, un second acteur, moins puissant que la Lune

Le Soleil est environ 27 millions de fois plus massif que la Lune, mais il est aussi 390 fois plus loin de la Terre — et la force gravitationnelle diminue très vite avec la distance. Au final, son influence sur les marées ne représente qu'environ 46 % de celle de la Lune, soit un peu moins de la moitié. Le Soleil ne crée donc jamais les marées à lui seul, mais il vient renforcer ou atténuer l'effet de la Lune selon la position des trois astres.

Vive-eau et morte-eau : le coefficient de marée

Schéma comparant la marée de vive-eau, quand la Lune et le Soleil sont alignés, à la marée de morte-eau, quand ils forment un angle droit

Au fil du mois lunaire, la position relative de la Lune, de la Terre et du Soleil change, et avec elle l'amplitude des marées.

🌕 La vive-eau

À la nouvelle lune et à la pleine lune, la Lune, la Terre et le Soleil sont à peu près alignés. Les attractions de la Lune et du Soleil s'additionnent, ce qui produit un bourrelet plus marqué : la mer monte plus haut et descend plus bas qu'en moyenne. C'est la vive-eau, avec un fort marnage et des courants de marée puissants.

Nouvelle lune / pleine lune Coefficient 70–120

🌗 La morte-eau

Aux premiers et derniers quartiers de la Lune, celle-ci et le Soleil forment un angle droit vu depuis la Terre. Leurs attractions se contrarient partiellement, et le bourrelet marin est plus modeste : c'est la morte-eau, avec un marnage réduit et des courants plus faibles.

Premier / dernier quartier Coefficient 20–70

En France, cette amplitude se lit directement sur les bulletins marée grâce au coefficient de marée, un nombre sans unité compris entre 20 et 120. En dessous de 70, on parle de morte-eau ; au-dessus, de vive-eau. Plus le coefficient est élevé, plus l'écart entre marée haute et marée basse est important — et plus les courants qui accompagnent la marée montante ou descendante sont forts.

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Un coefficient élevé (vive-eau) signifie plus d'estran découvert à marée basse, mais aussi des courants de baïne et de rip plus puissants. Notre guide sur les baïnes détaille comment repérer ces courants et réagir si vous êtes pris dedans.

Pourquoi les marées ne sont pas les mêmes partout

La théorie des deux bourrelets prédit un marnage assez uniforme sur toute la planète, mais dans la réalité, l'amplitude des marées varie énormément d'une côte à l'autre : de quelques centimètres en Méditerranée à plus de 14 mètres dans la baie de Fundy au Canada, ou jusqu'à 15 mètres dans la baie du Mont-Saint-Michel — l'une des plus fortes d'Europe. Cette différence s'explique par la forme des côtes et des bassins océaniques : une baie qui se resserre progressivement peut amplifier la marée entrante comme un entonnoir, tandis qu'une mer quasi fermée comme la Méditerranée n'a pas assez d'espace pour développer un grand marnage.

Ce que la marée change pour le surf, le kitesurf et le paddle

Contrairement aux vagues, qui naissent du vent et se comptent en secondes comme l'explique notre guide sur la formation des vagues, la marée fait varier le niveau général de la mer sur plusieurs heures. Elle n'a jamais créé une seule vague, mais elle change presque tout le reste sur un spot :

  • La profondeur au-dessus du fond, qui modifie l'endroit et la façon dont les vagues cassent — un beach break peut devenir méconnaissable entre marée haute et marée basse.
  • L'exposition des bancs de sable et des baïnes, qui se forment ou se comblent au fil du cycle des marées.
  • La force des courants, plus intenses en vive-eau, à prendre en compte pour l'entrée et la sortie de l'eau en paddle ou en kitesurf.
  • L'accès au spot lui-même : certaines plages ou lacs tidaux ne sont praticables qu'à certains horaires de marée.

C'est pour cette raison que la plupart des surfeurs, kitesurfeurs et paddleurs consultent systématiquement l'horaire et le coefficient de marée avant une session, au même titre que la météo du vent et de la houle.

❓ Questions fréquentes sur les marées

Qu'est-ce qui cause les marées ?

L'attraction gravitationnelle de la Lune, complétée par celle du Soleil. La Lune, bien plus proche, exerce une force environ deux fois plus forte que le Soleil sur les océans. Cette attraction déforme légèrement la masse d'eau et crée deux bourrelets, l'un du côté de la Lune, l'autre du côté opposé, que la rotation de la Terre fait passer sous chaque point du globe environ deux fois par jour.

Pourquoi y a-t-il deux marées hautes par jour ?

Parce qu'il y a deux bourrelets d'eau, pas un seul : un du côté de la Terre tourné vers la Lune, et un autre à l'opposé. En tournant sur elle-même en environ 24 h 50, la Terre fait passer chaque point de la côte à travers ces deux bourrelets, ce qui donne deux marées hautes et deux marées basses par jour.

Qu'est-ce que la vive-eau et la morte-eau ?

La vive-eau survient à la nouvelle lune et à la pleine lune, quand la Lune, la Terre et le Soleil sont alignés : leurs attractions s'additionnent et donnent de grandes marées, avec un fort marnage. La morte-eau survient aux premiers et derniers quartiers, quand la Lune et le Soleil forment un angle droit par rapport à la Terre : leurs forces se contrarient partiellement et les marées sont plus faibles.

Comment lire le coefficient de marée ?

En France, le coefficient de marée est un nombre entre 20 et 120 qui indique l'amplitude d'une marée par rapport à une marée moyenne. En dessous de 70, c'est une marée de morte-eau, peu marquée. Au-dessus de 70, c'est une marée de vive-eau, avec un fort marnage. Plus le coefficient est élevé, plus la mer monte haut et descend bas, et plus les courants de marée sont forts.

Est-ce que la marée fait les vagues ?

Non. Les vagues sont générées par le vent, comme expliqué dans notre guide sur la formation des vagues, et se comptent en secondes. La marée fait monter et descendre le niveau général de la mer sur plusieurs heures. Elle ne crée pas les vagues, mais elle change la profondeur d'eau au-dessus du fond, ce qui modifie la façon dont les vagues cassent sur un spot donné.